Une « opportunité » d’emploi

C’est la fin du mois, je suis plongé dans mes tableaux Excel pour mon bilan mensuel ainsi que pour les impôts. Mais je veux prendre le temps de vous parler d’une offre d’emploi qui m’a été faite et, du même coup, aborder un modèle d’affaires dont je me méfie.

Il y a quelque temps, dans un forum de discussion sur la parentalité, j’ai donné quelques conseils financiers à un jeune couple qui avait de la difficulté à joindre les deux bouts.

Peu de temps après, un autre membre du groupe m’a contacté en privé pour m’expliquer qu’il lançait son entreprise de service financier dans ma région et que, impressionné par mes réponses dans le groupe Facebook, il aimerait me rencontrer pour discuter d’une possibilité de joindre son équipe. Je lui ai expliqué être fonctionnaire et que je ne pensais pas pouvoir accepter son offre en raison des normes strictes sur le double emploi pour mon poste. Cependant, il a insisté pour qu’on se rencontre et pour me présenter son entreprise. De mon côté, je pouvais entamer les démarches pour m’informer si le double emploi était possible.

On s’entend, je n’aurais pas abandonné mon emploi pour cela; avec ma permanence et ma pension, c’était hors de question. Mais, il m’explique que c’est possible de faire du temps partiel. Je ne ferme pas la porte et j’accepte que l’on s’en reparle lorsque j’aurai ma réponse des RH.

Quelques semaines plus tard, il m’invite à une rencontre pour les membres de son entreprise. Une fois sur place, je réalise que c’est une grande entreprise et qu’il n’en était pas propriétaire. Avais-je mal compris? C’est possible.

La rencontre portait sur les REÉÉ. Je n’étais pas le seul non-employé présent et je tiens à féliciter cette entreprise pour le travail d’éducation qu’ils font. La rencontre était vraiment super intéressante, j’ai énormément appris. Cependant, c’est là que j’ai eu mon premier doute sur l’entreprise, car, à la fin de la rencontre, ils m’ont demandé de remplir un sondage pour connaître mon opinion sur la rencontre — cependant, une section de ce sondage demandait les coordonnées de trois de mes connaissances qui pourraient être intéressées à une telle rencontre. Je n’ai pas rempli cette section puisque je ne donne jamais les coordonnées d’autrui sans leur autorisation explicite.

Après la rencontre, j’ai discuté avec la personne qui m’avait invité. Plutôt que d’être propriétaire, il semble plutôt qu’il était une sorte de gestionnaire local mettant sur pied son équipe de représentants dans le secteur. J’imagine que plusieurs d’entre vous ont déjà compris le modèle d’affaire de cette entreprise. En sortant de la rencontre, je commençais à avoir de sérieux doutes.

Quelques semaines plus tard, je n’avais toujours pas de réponses des ressources humaines sur la possibilité de double emploi, cette personne insiste tout de même pour une nouvelle rencontre afin de me présenter le fonctionnement de l’entreprise. Notons que je sais déjà que je vais refuser : avec 2 enfants je n’ai tout simplement pas le temps pour un autre emploi, mais je suis quand même curieux.

Lors de cette rencontre, avec lui et l’un de ses supérieurs (décidément, ce n’est pas son entreprise), on m’explique alors qu’il y a deux stratégies pour réussir dans cette compagnie.

La première est d’être représentant «indépendant» et de faire de la sollicitation et des ventes pour recevoir une commission. On m’explique combien coûtent les permis, comment fonctionnent les commissions et combien de vente il faut faire pour être rentable. Laissez-moi vous dire que ces chiffres me semblaient impossibles à atteindre à temps partiel. Est-ce qu’on m’a fait miroiter une offre irréaliste?

La seconde stratégie, plus efficace, consiste à se monter une équipe dans le but de les coacher pour qu’eux aussi se montent une équipe à leur tour, et ainsi de suite. Avec cette stratégie, on fait un profit sur les ventes de tout le réseau en dessous de nous. En m’expliquant cela, le supérieur me fait même un schéma sur une feuille ressemblant étonnamment à une pyramide. Quelle ironie!

Mes soupçons étaient confirmés. Il s’agissait d’une entreprise de vente multiniveau (MLM). J’ignorais que ce modèle d’affaires était présent même dans la vente de produits financiers. Et puis-je vous dire comment cela me semble être une idée absolument horrible? Pour des plats en plastique, des savons, ou des cosmétiques, ça ne me dérange pas trop. Mais pour des assurances et des placements, je trouve cela très dérangeant.

Les signes étaient clairs depuis le début :
– Une offre d’emploi sortie de nulle part;
– Des gens prétendant avoir leur propre entreprise alors qu’ils travaillent pour autrui;
– L’insistance pour des rencontres de recrutement.

Après avoir fait quelques recherches sur cette entreprise, j’ai réalisé que, comme pour plusieurs MLM, la majorité des «employés» perdent de l’argent plutôt que d’en gagner. Oui, certains font fortune dans ce modèle d’affaires, mais c’est une petite minorité. Les notes moyennes sur Ratemyemployer et Glassdoor étaient tout simplement abyssales. Au moment d’écrire ses lignes, les notes sont toujours horribles sur Ratemyemployer (1,5/5), mais excellentes sur Glassdoor (4,3/5) où les évaluations récentes sont toutes anormalement similaires (notons cependant que l’expression « pyramid scheme » revient dans plusieurs évaluations).

Plusieurs semaines plus tard, j’ai enfin eu une réponse des Ressources-Humaines. Considérant le poste que j’occupe, le double emploi dans ce secteur serait autorisé. Mais disons que j’ai quand même refusé l’offre — et pourtant, plusieurs mois plus tard, je reçois encore occasionnellement des appels de cette entreprise pour tenter de me recruter.

Pourquoi n’ai-je pas nommé cette compagnie dans mon billet? Car je ne veux pas leur faire de publicité, ni bonne ni mauvaise. De plus, je ne dénonce pas la compagnie elle-même, ni ses membres, mais plutôt le modèle d’affaire et de recrutement en général.

La ligne est très mince entre la vente multiniveau et la vente pyramidale et l’une des distinctions légales entre les deux est de savoir si le revenu vient principalement de la vente de produits ou du recrutement. Or, si je me fie à la seconde rencontre, la ligne est franchie dans leur cas.

Si on vous approche pour une offre d’emploi «extraordinaire», je vous invite à faire preuve de diligence. Ne regardez pas uniquement les revenus exorbitants de leurs meilleurs vendeurs, demandez les revenus moyens et comparez aux dépenses prévues. Certaines offres ne sont pas aussi alléchantes qu’elles le paraissent initialement. Un emploi secondaire ne devrait jamais, au grand jamais, vous faire perdre de l’argent.

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