La revanche du conseiller financier

Dans mon billet de la semaine passée, je vous parlais de la proposition ridicule que nous avons reçue d’un certain conseiller financier. Il y a eu du développement depuis, donc je pensais vous le partager.

Premièrement, ma conjointe lui a envoyé un courriel avec un ton naïf pour s’étonner de ne pas avoir reçu le questionnaire proposé, ce qui explique probablement pourquoi « les chiffres ne font pas vraiment de sens ». Elle en profite pour demander s’il y a eu de l’avancement dans le transfert de son régime de retraite.

En réponse, le conseiller lui propose de prévoir une rencontre pour discuter du plan et l’ajuster. Ma douce lui répond qu’elle n’est pas prête à cela maintenant, que sa priorité est le transfert du fonds de pension et qu’elle le remercie pour son travail à ce niveau.

Nouvelle réponse du conseiller : « J’ai révisé votre plan financier et j’ai détecté une erreur qui a donné des chiffres aussi élevés. Je vous retourne la version corrigée. »

Je sens qu’on va rire. Alors voici une présentation rapide des 3 grandes sections de ce nouveau plan.

1re partie : les généralités.

Premièrement, cette fois-ci, le conseiller n’a pas négligé tous les placements de ma conjointe. Il en manque encore une petite partie, mais tous ceux avec cette institution sont présents — donc c’est une erreur explicable, mais qui témoigne quand même de son empressement de vous vendre un plan avant même de s’informer adéquatement de notre situation.

Dans la version précédente, il estimait que ma conjointe aurait besoin de 37 005 $ par an à la retraite, il baisse maintenant cet objectif à 37 000 $. Je doute que cet ajustement de 5 $ fasse une différence. L’estimation du capital nécessaire à la retraite demeure le même 1 728 865 $.

2e partie : les grandes lignes du plan
Dans cette section, il offre des recommandations générales mais sans avancer de chiffre clair. Ce « plan » se décompose en 4 parties.

1) Investir dans un CELI. Il propose d’investir 150 $ par 2 semaines pendant les 32 prochaines années. C’est une nette amélioration par rapport au plan précédant puisque le mot CELI n’y apparaissait même pas. On pourrait presque croire qu’il vient d’apprendre que le CELI existe — impression renforcée par le fait qu’il n’avait pas non plus inclus le CELI de ma conjointe dans ses avoirs dans la version précédente du plan.

2) Maximiser les cotisations du REER avec un prêt REER, pour nous permettre de profiter du programme gouvernemental de régime d’accession à la propriété (RAP). Mais quel c*n ! On est propriétaire depuis peu ; on ne veut pas changer de maison si tôt ; et, même si on voulait, on ne pourrait pas faire un RAP. En ce qui concerne le prêt REER, je ne suis pas surpris qu’il tente encore de nous vendre un produit qui enrichira la banque. Cependant, je lui accorde que ça pourrait être avantageux pour ma conjointe, il faudrait que je le calcule pour en être certain. Cependant j’en doute comme elle n’a que très peu d’espace REER disponible. Pourquoi prendre un prêt et payer de l’intérêt pour maximiser un REER que nous maximiserons de toute façon ?

3) Adhérer à l’assurance prêt.
SURPRISE ! Encore une vente de produit ! Et une assurance pour quel prêt ? Nous n’avons aucune dette sauf l’hypothèque.

4) Adhérer à la protection invalidité de l’assurance prêt.
Encore une vente de produit… je suis découragé. Je pense que je vais juste me taire.

Sur 4 propositions, 3 sont des ventes de produits. Je sais que ça ne devrait pas me surprendre, mais c’est quand même enrageant. Rappelons que tous les conseillers ne sont pas comme cela, celui que j’ai actuellement n’a jamais essayé de me vendre un produit que je n’ai pas demandé. Gardons espoir, il y a des conseillers honnêtes et compétents.

3e partie : la planification.
Wow ! Il y a des tableaux détaillés et des graphiques en couleur, c’est une grosse amélioration visuelle par rapport au plan précédent. Sauf que, c’est une avalanche de chiffres sans réelles explications — on pourrait presque croire que c’est fait dans le but précis d’être impressionnant et confondant.

Par exemple, dans le peu de texte explicatif, on ne parle que d’un seul placement précis, un fonds de croissance canadien offrant un rendement de 6,1 % (et des frais de gestion de 1,36 %). Mais les projections du tableau semblent toujours faites selon un rendement de 3,40 %. Aucun autre fonds n’est nommé, ni de chiffres clairs sur les investissements attendus.

Il y a une autre chose que je ne comprends pas dans ces tableaux. Même si dans la section précédente, on recommandait à ma conjointe de mettre 150 $ aux deux semaines (soit 3900 $/an) dans le CELI, le tableau ne semble calculer que 54 $ par année (indexé à l’inflation). Par contre, il maximise le REER correctement en mettant environ 200 $ par paies et en ajustant ces versements en fonction des augmentations de salaire prévues. Je ne veux pas mettre la compétence du conseiller en doute, mais je suspecte une énorme erreur du calcul dans l’utilisation du CELI.

Au final, jamais ce modèle de portefeuille ne s’approche du fameux 1 728 865 $ visé. Il demeurera très très loin. Le plus haut solde figurant dans le tableau est 381 262 $. Bref, tous ces chiffres et ces couleurs, ce n’est que de la poudre aux yeux.

Je veux dire : arrêtons-nous un instant et calculons avec certains des chiffres clairement mentionnés. Prenons le 150 $ par 2 semaines dans le CELI et mettons-le dans le fonds canadien proposé qui rapporte 6,4 % par année, et ce, pendant 32 ans en indexant les cotisations à l’inflation. Ça donne 494 000 $ libre d’impôt. Pourquoi ne pas nous proposer cela à la place ? Ça nous coûterait moins cher et rapporterait plus que leur proposition. OH ! Je devine pourquoi, ces frais de gestion sont de 1,36 % plutôt que 2,5 %. Ça me choque qu’il ne nomme clairement qu’un seul fonds en exemple et que celui-ci performe nettement mieux que l’ensemble de la proposition. C’est vraiment juste de la poudre aux yeux.

Au final.
Je suis choqué que ce conseiller soit plus un vendeur qu’un conseiller. Il veut nous vendre des assurances et un prêt REER.

Le plan proposé est meilleur que le précédent, mais demeure moins intéressant que celui que nous avons déjà. Le rendement est moins bon et les frais plus élevés ; ce n’est tout simplement pas intéressant. De plus, je crois que ce plan est volontairement confondant.

Le revenu annuel net de ma conjointe est d’environ 20 500 $, ou 788 $ par 2 semaines. Nous visons un taux d’épargne de 60 %, soit 472 $ par 2 semaines, que nous plaçons dans des fonds indiciels rapportant une moyenne 9 % par année, mais calculons à 7 % pour être conservateurs. Dans 32 ans, cela devrait donner 1 736 809,34 $. Si le conseiller a raison et que ma conjointe a besoin de 1 728 865 $, notre stratégie, même en la sous-estimant de 2 %, réussi à atteindre l’objectif alors que la sienne ne s’y approche même pas.

Et voilà pourquoi nous avons besoin d’une meilleure littéracie financière — pour ne pas tomber dans les pièges de ces vendeurs.

Une bonne nouvelle
Le dernier courriel de ce conseiller se terminait par : « Je quitte mes fonctions actuelles en tant que votre conseiller le 30 avril. Ainsi, j’aurais voulu vous parler avant mon départ pour m’assurer que tout est place et aussi rapidement échangé sur le plan si possible. » (sic.) Il tente visiblement d’aller se chercher une dernière commission avant de partir. Mais, heureusement, je pense que notre saga avec lui est bel et bien terminée. Je souhaite que l’on tombe mieux avec le prochain.

4 commentaires sur « La revanche du conseiller financier »

  1. Désolé mais, en tant qu’ancien conseiller financier, « j’achète » pas la représentation que tu fais du monde financier. De un, le conseiller financier qui représente l’institution financière fait ce que ton boucher du coin fait, ce que le gars au dépanneur fait, et ce que le vendeur de voiture fait…. il « vend » un produit ou un service. Prétendre qu’une compagnie « x » peut survivre en ne vendant rien (directement ou indirectement) est de la lubie. De deux, si vous auriez tout simplement pris le temps de le rencontrer et expliquer de long en large votre plan de vie et la philosophie qui vient avec, fort probablement le conseiller aurait présenter un autre offre ou tout simplement il aurait passé à d’autres clients qui sont plus payants. Ce que n’importe quel individu avec une parcelle d’intelligence aurait fait; mieux rentabiliser ses efforts. De trois, certes vous avez des questions concernant les diverses simulations, mais bizarrement, je ne vous vois pas en train de questionner le conseiller financier sur ces simulation. Peut – être que si vous l’auriez fait vous auriez trouvé réponses à vos quesions ?

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    1. Juste une nuance, je n’attaque pas le « monde financier ». Je l’ai dit dans le billet précédant et redit dans celui-ci: il y a des bons conseiller dont le mien.
      Ensuite, la raison pour laquelle on ne s’est pas assis avec lui pour faire un bon plan est que ce n’est simplement pas le service que nous lui demandons. Ma conjointe veut seulement qu’il gère le transfert de son régime de retraite et lui, il a décidé de nous envoyer ce plan, 2 fois plutôt qu’une, alors que nous ne lui avons jamais sollicité ce service. Je rappelle qu’elle a seulement consentie a recevoir le questionnaire – que nous n’avons jamais eu. Pire encore, ma conjointe a refusé ce service, ce qui n’a pas empêcher le conseiller de revenir à la charge. Alors non, je ne vois pas pourquoi on devrait le questionner sur une simulation qu’on ne lui a jamais demandé. Finalement, lors de sa première conversation téléphonique, ma conjointe lui avait expliqué notre philosophie et notre stratégie.

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  2. Salut Objectif IF! Ce que je retire de ce billet c’est que les connaissances financières de ta conjointe et toi sont simplement trop avancées pour le conseiller lambda. Vous êtes visiblement sur un meilleur trajet que celui qui vous est proposé. C’est dommage, car beaucoup de gens adhérerons à ces produits, même si ce n’est pas dans leur meilleur intérêt. C’est pourquoi la littératie financière est si importante. Au moins pour savoir reconnaître les mauvais conseils. Peut-être qu’un conseiller plus pointu pourrait vous aider si vous en ressentez le besoin? Je crois que vous vous en sortirez très bien seuls aussi!

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  3. De mieux en mieux !
    Ça me rappelle la fois où j’ai acheté mon ancienne maison et que la conseillère a vu que son chien était mort quand j’ai refusé catégoriquement tout ses produits car j’en avais pas besoin. Mon ton est devenu plus sec quand elle a tenté de me faire sentir coupable… Bref, jamais mieux servi que par soi-même.

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