Le CILI: Compte d’Investissement Libre d’Impôt

Si vous lisez mon blogue, c’est probablement que vous vous intéressez à vos finances. J’imagine que, pour vous, le CELI est déjà un outil d’investissement. Cependant, ce n’est pas le cas de tout le monde. Je suis surpris par la quantité de gens qui sont étonnés lorsque je leur parle des fonds mutuels dans mon CELI ou complètement abasourdis quand je leur explique également y avoir des FNB et des actions. En fait, 42 % des Canadiens utilisent leur CELI comme un simple compte épargne.

Au mieux, ils savent qu’ils peuvent acheter des fonds communs (précisons : les mauvais fonds proposés par leur banque avec des frais de gestions astronomiques). Au pire, leur CELI est composé d’un simple compte épargne à intérêts élevés.

Je vous présente donc une idée que j’ai lu dans La Presse, dans cet article de 25 août 2019 par Marc Tison, qui affirme que « les Canadiens auraient peut-être une perspective plus large et plus juste si le programme instauré par le gouvernement fédéral en 2009 s’appelait Compte d’investissement libre d’impôt (CILI) » plutôt que compte épargne libre d’impôt (CÉLI).

Je définie ici l’épargne comme l’action de mettre de l’argent en réserve pour créer du capital et l’investissement comme l’utilisation immédiate de capitaux dans le but d’en faire croitre la valeur à long terme. C’est donc deux approches distinctes qui, appliquées à l’utilisation du CÉLI, auront des résultats différents.

Comme une image vaut mille mots, j’ai fait quelques graphiques pour illustrer mon propos.

Le compte épargne libre d’impôt (CÉLI)
Supposons une personne «optimisant» son CÉLI en épargnant 6000 $ par année entre les âges de 25 et 65 ans. Après 40 ans d’épargne, il aurait accumulé 240 000 $ — ce qui est insuffisant pour préparer sa retraite. Cependant, puisque même le pire compte épargne verse un peu d’intérêt, il finirait avec un montant marginalement plus élevé que cela, mais ça nous donne une idée.

Compte épargne à intérêts élevés
Vérifions alors une option plus populaire : un compte épargne à intérêts élevés plutôt standard versant 0,5 % d’intérêts par année. À la fin de la 40e année, cette personne aura accumulé 266 000 $, donc un petit 26 000 $ de plus que celle de l’exemple précédent. Comme on commence à avoir des intérêts composés, le graphique n’est plus une droite, mais une très légère courbe à peine visible (on voit comment les deux lignes s’éloignent l’une de l’autre sur le graphique).

Bien qu’il y ait un certain rendement – c’est donc techniquement un investissement – je le considère tout de même du côté de l’épargne car, malgré les apparences, cette personne s’appauvrit au lieu de s’enrichir. En effet, nous avons négligé l’inflation.

L’Inflation
Si je m’intéresse à mon pouvoir d’achat plutôt qu’à mon accumulation de richesse, je dois prendre en compte l’inflation (2 % par année). Donc ce même investissement de 6000 $/an dans un compte épargne à intérêts élevés, en dollars actualisés, ne vaudra que 179 000 $ après 40 ans alors qu’il m’en aura coûté 240 000. Nous avons maintenant une courbe inversée. Autrement dit : si vous vous contentez d’épargner plutôt que d’investir, vous vous appauvrissez.

C’est le cas typique de quelqu’un qui utilise son CÉLI pour épargner. Qu’en est-il de celui qui l’utilise pour investir?

Compte Investissement Libre d’Impôt (CILI)

Changeons notre manière de voir les choses et envisageons notre CÉLI comme un outil d’investissement plutôt que d’épargne.

Pour notre premier exemple, prenons un investisseur qui place son argent dans un fonds commun de placement type de sa banque (comme je faisais à mes débuts). Ce fond rapporte environ 5 % par année, donc 3 % lorsqu’on ajuste selon l’inflation. Après 40 ans, il a accumulé 466 000 $ actualisés. Voilà qui commence à être intéressant. Remarquez la courbe exponentielle.

Soyons plus courageux et investissons dans un fonds indiciel. Le marché augmente généralement de 9 % par année lorsque l’on considère de réinvestissement des dividendes. Ajustons selon l’inflation et nous obtenons 7 % par année. Après 40 ans, nous avons alors 1 282 000 $ actualisés. Fantastique: un million non imposable!

Pour bien comprendre l’ampleur de la différence, présentons l’ensemble de ces courbes sur un même graphique.

On parle ici du même investissement : 6 000 $ par an pendant 40 ans. La seule différence entre ces courbes est taux de rendement sur l’investissement. Alors préférez-vous épargner ou investir ?

Bien entendu, le rendement est en relation avec le risque. Et je ne vous recommande absolument pas de prendre des risques avec lesquels vous n’êtes pas confortables. Cependant, je ne vois aucune bonne raison pour se contenter d’épargner plutôt que d’investir. Même un placement assez sécuritaire (courbe jaune) rapporte beaucoup plus que la simple épargne (courbes bleu et rouge).

Au final, pour ceux qui ne le font pas déjà, je vous invite à voir votre CÉLI comme un compte d’investissement plutôt qu’un compte épargne. Même si vous êtes allergiques au risque, vous pouvez trouver des fonds communs très sécuritaires qui vous permettront de protéger votre pouvoir d’achat – ce qui est une énorme amélioration en comparaison d’un compte épargne.

2 commentaires sur « Le CILI: Compte d’Investissement Libre d’Impôt »

  1. Je crois que c’est une fausse bonne idée.
    Le CELI existe depuis 11 ans et environ autant de canadiens en détiennent un qu’un REER. Considérant le nombre de décennies que le REER existe, ce n’est peu dire !
    Que 42% des canadiens détenant un CELI l’utilise comme un compte d’épargne… est-ce vraiment une mauvaise chose ? L’article en question précise ceci : According to the Ipsos poll, 25 per cent of respondents are using their TFSAs for everyday savings, 10 per cent to save up to buy a home and 35 per cent for an emergency fund On ne connait pas le motif du 30 % restant, mais à première vue, et sous toutes réserves, cela semble des objectifs à court terme. Dans un optique à court terme et de préservation de capital je ne vois pas ou est la problématique.

    En deuxième lieu il faut considérer l’aspect éducatif. Si, après 11 ans et la multitude de lectures, et de reportage disponibles , les gens choisissent d’investir passivement leur épargne, est-ce qu’un simple changement de nom va y changer grand chose ?
    A la limite, je peux comprendre que des nouveaux arrivants soient « confus » sur l’utilisation optimale du produit, mais on est loin du compte.

    L’on peut amener un cheval à la rivière mais on ne peut le forcer à boire.

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  2. Très bon article. Un autre angle que l’on pourrait donner au CILI par rapport au CELI est celui de l’impôt potentiel sauvé en comparaison d’un compte non enregistré. L’écart entre l’impôt à payer sur un investissement dans un compte non enregistré par rapport à ce même investissement dans un CILI est beaucoup plus important même en prenant en compte les dividendes et les gains en capital favorablement imposés dans un compte non enregistré.

    Les intérêts très faibles actuellement dans un compte d’épargne à taux d’intérêt élevé ne donnent qu’un très faible avantage à l’épargne dans un CELI par rapport à un compte courant avec de l’intérêt imposable. L’intérêt est tellement faible que l’avantage est quasiment négligeable.

    Évidemment si les taux remontent à leur moyenne historique, cet écart diminuerait et à ce moment-là il pourrait être justifié d’épargner dans un CELI selon les objectifs de chacun. Néanmoins investir dans un CILI ne sera probablement jamais une mauvaise idée.

    Aimé par 1 personne

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