Les 10 commentaires que j’entends trop souvent – et des réponses

Depuis que j’ai annoncé ouvertement que j’embarquais dans le mouvement FIRE (financial independence / retire early), j’entends constamment les mêmes commentaires/critiques.

Pour ceux qui ne connaissent pas FIRE, c’est simplement un mouvement regroupant des personnes qui aspirent à prendre leur retraite bien avant la soixantaine, et ce, généralement grâce à d’importants investissements le plus tôt possible.

Bref, revenons à ces commentaires : je les comprends!
Il est étonnant, dans notre société de consommation, de voir quelqu’un ayant un taux d’épargne de 60 %. Certains de ces commentaires sont bien-fondés et touchent des points importants alors que d’autres sont le fruit d’une mauvaise compréhension ou d’une incrédulité face au mouvement. Après tout, pour embarquer dans ce mouvement, il faut être une «drôle de bibitte».

Aujourd’hui, je vous partage certains des commentaires que j’ai trop entendus ainsi que mes réponses.

1 « Vous devez-avoir un bon salaire. »
Ce n’est pas bête. Plus notre salaire est élevé, plus il devrait être facile d’épargner non? Lorsque l’on voit une personne avec un taux d’épargne important, il peut sembler légitime de penser qu’elle a un bon salaire.

Sauf que ce commentaire ignore un paramètre important. Le taux d’épargne ne dépend pas seulement des revenus, mais aussi des dépenses. Les exemples de personne ayant un énorme salaire, mais endettés par-dessus la tête ne manquent pas. Par exemple, 60 % des retraités de la NBA font faillite dans les 5 années suivant leur départ du sport professionnel, et ce malgré leurs salaires exorbitants.

Oui, un bon salaire aide. Nous ne pourrions pas faire FIRE si nous étions au seuil de la pauvreté. Mais ce n’est pas tout. Il faut surtout vivre en dessous de ses moyens.

Et, en toute honnêteté, nous sommes loin d’être très riches. J’ai un bon salaire (70 000 $) et ma blonde un nettement moins bon (28 000 $) de sorte que notre revenu familial (98 000 $) tourne autour de la médiane canadienne (96 080 $ en 2018). Bref, nous ne somme pas des grands riches, mais vraiment une famille moyenne.

2 — « Vous ne devez pas être propriétaire. »
Être propriétaire est souvent plus dispendieux qu’on ne le croit. En plus de l’hypothèque, il faut payer les taxes municipales, les taxes scolaires, les frais de copropriétés, l’entretien, etc. C’est vraiment une dépense importante — alors je comprends que certains voient cela comme un obstacle à l’épargne. Cependant, cette critique néglige deux éléments importants.

1) Le problème n’est pas d’être propriétaire, c’est ce dont on est propriétaire. Personnellement nous avons été chanceux, nous avons trouvé un condo qui répondait à nos besoins pour pas trop chers. En fait, il nous coûte probablement moins cher qu’un appartement équivalent dans notre secteur. Par contre, lors de la préapprobation hypothécaire, notre conseillé voulait nous offrir une hypothèque 100 000 $ plus élevé que ce dont nous avions besoin. Nous aurions alors pu être tentés d’acheter plus grand ou plus luxueux et c’est ça le piège! En se contentant de peu, être propriétaire n’est pas un obstacle à l’épargne.

2) Notre condo participe à notre épargne.
Une partie de nos paiements hypothécaires nous revient sous forme d’équité sur notre condo et vient ainsi s’ajouter à notre valeur nette. Et, vous le voyez dans chacun de nos bilans mensuels, nous le comptons dans notre taux d’épargne. Par exemple, en mai, nous avions payé 1345,95 $; de ce montant, 406,80 $ ont servi à payer les intérêts, mais le 939,15 $ restant s’ajoute à notre valeur nette et sert en quelque sorte d’épargne forcée. Si nous étions locataires, la totalité de ce montant nous serait perdue. Attention : je ne dis pas qu’il vaut mieux être propriétaire que locataire, en fait je pense que l’inverse est plus souvent vrai. Mais il faut l’évaluer au cas par cas.

Bref, pour répondre à ce commentaire, nous sommes propriétaires et cela ne nous empêche pas d’épargner. Par contre, nous avons pris soin de ne pas faire d’excès.

3 — « Vous n’habitez certainement pas à Montréal. »
Je ne veux pas dévoiler publiquement où je demeure, mais nous sommes dans le grand Montréal. Alors encore une fois, ce commentaire manque sa cible.

Il est possible de se loger à un prix raisonnable à Montréal à condition de faire quelques compromis. Bien entendu, si vous voulez un appartement luxueux à côté du métro, vous risquez de payer un premium et cela diminuera votre épargne.

Mais non, habiter à Montréal n’est pas une excuse pour ne pas épargner.

4 — « Vous ne devez pas avoir d’enfants. »
Encore faux! Et même doublement faux.

On ne se le cachera pas, les enfants coûtent cher. Par contre, les allocations gouvernementales et les garderies subventionnées aident énormément. Nos enfants sont encore jeunes, et je sais que les dépenses vont augmenter lorsqu’ils grandiront, mais pour l’instant ils nous rapportent plus qu’ils ne nous coûtent. Par contre, c’est vrai que cela demande quelques précautions. Par exemple, une bonne partie de leurs vêtements nous ont été donnés ou viennent de friperies ou de ventes de garage. Et sérieusement : les jeunes enfants grandissent tellement vite qu’ils n’ont pas le temps d’user leur ligne, de sorte que les friperies sont pleines de vêtements pratiquement neufs pour une fraction du prix.

5 — « Vos enfants doivent s’ennuyer à leur fête/à Noël. »

Je vous assure que nos enfants ne manquent de rien et qu’ils sont gâtés à leurs fêtes ainsi qu’à Noël : tout cela est prévu dans notre budget. Cet argument n’est qu’une tentative ratée de nous faire sentir coupables d’être économes.

6 — « La retraite précoce n’est pas un bon but dans la vie. »

Cet argument se retrouve sous diverse forme, par exemple disant que l’on risque de s’ennuyer en prenant sa retraite trop tôt ou en citant des études disant que les jeunes retraités sont souvent en moins bonne santé. Et honnêtement, je suis plutôt d’accord avec l’idée générale ici.

Je fais FIRE plus pour le FI (indépendance financière) que pour le RE (retraite précoce). Ce que je veux, c’est d’avoir la sécurité financière nécessaire pour pouvoir prendre ma retraite rapidement en cas d’imprévu (problèmes de santé, perte d’emploi, etc.).

Et encore, je n’exclus absolument pas la possibilité de trouver un autre emploi, peut-être à temps partiel, ou de rester actif d’une autre manière telle que le bénévolat.

7 — « Vous n’êtes pas préparé pour un krach. »

Je ne pense pas que cet argument soit valable pour critiquer le mouvement FIRE dans l’ensemble, mais il l’est certainement pour critiquer certaines stratégies. La personne qui compte sur des fonds indiciels et qui les voient fondre de 45 ou 50 % juste avant la date planifiée pour sa retraite risque fortement de devoir revoir ses plans.

Par contre, il existe des stratégies plus sécuritaires et nettement plus aptes à faire face à une crise telles que l’investissement en dividendes.

Pour ma part, je suis principalement dans des FNB indiciels ou de répartition d’actifs (asset allocation) et j’admets être à risque en cas de krach. Cependant, je n’ai pas l’intention de prendre ma retraite dans les prochaines années et je peux me permettre d’attendre plusieurs années pour la reprise après un éventuel krach. Et, plus la retraite approchera, plus de réorganiserai mon portefeuille pour diminuer le risque.

8 — « Vous devez vous priver de tout. /les loisirs c’est important. »

Ma conjointe et moi avons toujours été assez minimalistes et nous aimons faire les choses par nous-mêmes. Par exemple, nous n’avons ni voiture ni télévision.

Par contre, nous n’avons pas l’impression de nous priver. Nous avons plusieurs loisirs auxquels nous tenons et nous offrons des petits luxes de temps à autre (restaurants, bières de microbrasserie, café 3e vague). Et il est vrai que nous cherchons souvent des loisirs peu dispendieux tels que jouer au parc avec les enfants, faire de la randonnée ou aller à la bibliothèque.

Je me souviendrai toujours de la fois où une dame m’obstinait sur ce point en m’expliquant qu’avec les paiements sur sa roulotte, son terrain de camping et les cours de hockey de son fils, elle n’arriverait pas à épargner et que, par conséquent, je devais me priver de beaucoup de choses pour réussir à épargner. Le problème ici, ce n’est pas que je me prive trop, c’est qu’elle ne fait aucun compromis dans son budget (ou, plus probablement qu’elle ne fait pas de budget).

Il faut trouver un équilibre. Je ne me priverai pas de loisirs, mais je ne sacrifierai pas non plus ma sécurité financière pour eux.

Et vous le verrez dans mon prochain bilan mensuel, ce mois-ci j’ai fait une énorme dépense pour un petit luxe personnel (spoiler : nous n’aurons pas atteint notre objectif d’épargne). Je ne me sens pas coupable pour ce petit écart, car il ne m’empêchera pas d’atteindre mes objectifs sur le long terme.

9 — « Vous ne contribuez pas à l’économie. »
Cette critique est trop forte, mais pas totalement fausse. La personne qui est parvenue à prendre sa retraite anticipée avec un bon équilibre entre son CELI et son REER risque fortement de ne payer que peu ou pas d’impôt pour le reste de sa vie. Pire encore, s’il a principalement investi dans les marchés américains ou internationaux, on ne pourra pas dire qu’il a contribué à notre économie par ses investissements.

Là où cette critique manque sa cible, c’est que cette personne continuera de payer des taxes sur sa consommation. On ne peut donc pas dire qu’elle ne contribue pas du tout, mais il est vrai que sa contribution sera plus faible. Et encore, ça c’est si elle ne déménage pas à l’étranger pour sa retraite.

Bref, je trouve cet argument trop fort, mais pas totalement faux et j’y suis sensible.

10 — « Vous profitez du système. »
Fortement lié au point précédent. Plusieurs accusent le mouvement FIRE de non seulement refuser de contribuer à l’économie, mais, en plus, de profiter du système. Essayant d’en faire ressortir une certaine hypocrisie comme si nous mordions la main qui nous nourrit.

Par exemple, votre éducation est subventionnée, ensuite vous profitez au maximum du REER, du CELI, du REÉÉ et des autres avantages fiscaux qui s’appliquent à votre situation et vous prenez votre retraite après 15 ans de travail et profitez ensuite d’autres subventions et avantages fiscaux pour faibles revenus jusqu’à votre pension et votre décès.

Au final, vous aurez retiré beaucoup plus de l’État que vous n’y aurez contribué. Et, si tout le monde faisait ça, le système ne serait pas viable.

D’une part, je suis d’accord avec cette critique. D’autre part, je n’ai rien contre l’égoïsme rationnel. Si l’État a fait ces règles, il serait fou de s’en passer si elles nous avantagent.

Par contre, ma réponse à cette critique sera la même que celle au point 6 : je vise l’indépendance plus que la retraite précoce. J’espère contribuer à la société encore de nombreuses années : peut être pas à temps plein et peut être pas en tant que salarié, mais il est certain que je chercherai à demeurer actif et à donner au suivant.

Conclusion
Et voilà, c’était les 10 commentaires que j’entends trop souvent et ma réponse à chacun d’eux. Comme vous le voyez, certains sont nés de préjugés et sont un peu loufoques alors que d’autres tirent au but.

Si vous avez d’autres commentaires de ce genre, ou des réponses différentes des miennes, n’hésitez surtout pas à les mettre en commentaire.

2 commentaires sur « Les 10 commentaires que j’entends trop souvent – et des réponses »

  1. Quel billet intéressant! Si je peux me permettre, pour le point 10, je comprends la critique et je suis d’accord. En même temps, on a un paquet d’athlètes professionnels (au tennis notamment) pour lesquels on a investi de grosses sommes pour leur développement qui changent leur résidence fiscale une fois qu’ils commencent à gagner. Auger-Aliassime et Raonic sont résidents de Monaco, Bouchard, Shapovalov et Pospisil sont résidents des Bahamas. (Je comprend que l’imposition des bourses de tennis sont assez désavantageuses pour les athlètes, mais c’est surtout pour les commanditaires que c’est payant pour les athlètes).
    Bref. Je suis sensible au fait que prendre sa retraite tôt pourrait être vu comme ne pas faire sa juste part. Mais si on se scandalise de cette conséquence du mouvement FIRE, on devrait aussi se scandaliser des athlètes, artistes et autre qu’on a subventionné à coups de million et qui changent de résidence fiscale une fois que leurs revenus augmentent.

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