Stratégie : Covered Call ETF

Aujourd’hui, je veux vous présenter une stratégie méconnue, mais intéressante, laquelle consiste à investir dans des fonds négociés en bourse utilisant des «covered call». J’ai remarqué que plusieurs Youtoubeurs en parlent, de façon très polarisée, et je voulais donc examiner la question par moi-même.

Je vais, dans un premier temps, expliquer ce qu’est cette stratégie; ensuite, présenter ses avantages et finalement ses inconvénients.

C’est une stratégie intéressante pour les investisseurs en dividendes. Si vous me suivez depuis un certain temps, vous savez que je ne suis pas fan de l’investissement en dividendes. Cependant, en toute transparence, malgré mes critiques contre cette stratégie, je possède un «covered call ETF» (ZWC) qui représente une toute petite partie de mon portefeuille.

La stratégie :
Avant de parler des avantages et inconvénients des «covered call ETF», il faut d’abord s’assurer de comprendre ce que c’est. Je crois qu’il est primordial de comprendre la nature de nos investissements, encore plus lorsqu’ils sortent des sentiers battus. Alors je vais commencer pas expliquer rapidement qu’est-ce qu’un ETF (FNB en français), qu’est-ce qu’un «call», et finalement qu’est-ce qu’un «covered call».

Un FNB (ETF), c’est quoi?
J’imagine que vous êtes déjà tous familiers avec cela, alors je vais passer très rapidement sur le sujet. Un FNB, ou Fonds négocié en Bourse, est un panier de titres qui se négocie comme une action.

Comme les fonds communs de placement traditionnels, ils permettent de regrouper l’argent de plusieurs investisseurs afin d’acheter un ensemble de titres. Cependant, les FNB se démarquent par le fait qu’ils peuvent être échangés en direct comme une action.

L’option d’achat (call)
Une option d’achat est un contrat permettant à un souscripteur d’acheter des actions à l’émetteur de l’option à un prix fixé d’avance (appelé prix d’exercice ou strike) à une date déterminée.

L’avantage pour l’émetteur de l’option est que le souscripteur devra lui verser un montant (appelé premium) en échange de cette option.

L’avantage pour le souscripteur est qu’il ne sera pas obligé d’exercer cette option. Et que, s’il l’exerce, ce sera pour acquérir des actions à moindre coût.

Prenons une compagnie A dont l’action vaut 10 $. Un vendeur pourrait émettre des options d’achat pour 100 actions de cette compagnie pour un prix de vente de 12 $ et un premium de 0,50 $ par action. Un acheteur, suspectant que la compagnie A aura dépassé cette valeur d’ici la date d’échéance pourrait être tenté d’acheter ces options (monnayant le premium 50 $). Si à la date d’échéance l’action atteint 15 $, le souscripteur de l’option exercera son droit d’achat et achètera les 100 actions pour 12 $ chaque plutôt que pour sa valeur actuelle de 15 $ — le vendeur ne pourra refuser.

Si à l’inverse, l’action de la compagnie A s’échange à moins de 12 $, le souscripteur n’exercera pas son droit, car il lui serait plus avantageux d’acheter ces actions directement sur le marché sans passer par l’option. À ce moment, le vendeur garde ses actions et empoche tout de même le premium.

Covered Call
Ces options d’achat peuvent être nues (naked) ou couvertes (covered) selon que le vendeur possède ou non l’action dont il émet l’option.

Reprenons notre exemple précédent. Le vendeur émet une option d’achat pour 100 actions de la compagnie A à 12 $. Rendue à la date d’exercice, l’action vaut 15 $ et le souscripteur exerce son droit.

Si le vendeur a fait un «naked call», il doit alors vendre des actions qu’ils ne possèdent pas. Il devra acheter ces 100 actions à 15 $ ce qui lui causera une perte de 1450 puisqu’il conserve le premium de 50 $.

Si, au contraire, le vendeur possède les actions, ce sera un «covered call». Il devra alors vendre les actions pour le 12 $ préétabli et empochera 1 200 $. Il aurait été plus rentable pour lui de vendre ses actions au prix du marché pour 1 500 $, mais il empoche tout de même 1250 $ dans cet échange (1200 $ pour les actions et 50 $ pour le premium). Ainsi, bien qu’il ait moins bien performé que le marché, ce vendeur réalise un gain contrairement à celui ayant fait un «naked call». Cette stratégie est donc nettement moins risquée.

Covered Call ETF

Un «covered call ETF» est donc simplement un fonds négocié une bourse utilisant cette stratégie.

C’est donc un panier de titres qui émet des options d’achat couvertes sur un certain pourcentage des titres possédés. Par exemple, celui que je possède, ZWC, n’émet ces options que sur 50 % des titres détenus, il ne risque donc pas de tout vendre d’un coup.

Avantages :
Revenus élevés
Le principal avantage de cette stratégie est qu’elle permet d’offrir nettement plus de dividendes que les FNB équivalents n’utilisant pas de «covered call».

Par exemple, en date du 12 novembre 2021, ZWC affichait une distribution annuelle de 6,33 % alors que son équivalant traditionnel (ZDV) n’affichait que 3,90 % de dividendes. Près de 2,5 % de plus, c’est impressionnant!

Cette différence vient simplement du fait que ZWC, contrairement à ZDV, reçoit des revenus supplémentaires : les premiums.

On voit alors pourquoi cette stratégie peut intéresser les investisseurs en dividendes.

Facilité d’utilisation
L’utilisation d’options est généralement réservée aux investisseurs expérimentés. De plus, monter un portefeuille complet d’actions et gérer ses options peut être une tâche exigeante, autant en complexité qu’en temps.

Or, avec un tel FNB tout cela est fait à votre place par le gestionnaire du fond. C’est donc incroyablement simple d’utilisation.

Diminution des risques et résistance à la volatilité
Un autre avantage notable est que ce genre de FNB performe généralement mieux que le marché en période d’instabilité.

Si les marchés son baissier, les revenus supplémentaires aident à amortir de choc. Si les marchés sont plutôt stables, ou légèrement haussiers (de sorte à ne pas exécuter les options d’achat), il dépasse entièrement le marché.

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https://www.fnbhorizons.com/library/An-Introduction-to-Covered-Calls

Reprenons encore notre exemple de l’action A, valant 10 $, sur laquelle on émet une option d’achat à 12 $ contre un premium à 0,50 $. Précisons aussi qu’elle verse un dividende de 0,60 $ par an.

— Si au cours d’une année les marchés chutent de 10 %, le possesseur de l’action bat le marché puisqu’au lieu d’avoir simplement une action à 9 $, il y ajoute 0,50 $ de premium et 0,60 $ de dividendes. Il termine donc en légère hausse (10,10 $) même si les marchés ont baissé.

— S’ils montent de 5 % — l’action vaudra alors 10,50 $ auquel on ajoute le premium et les dividendes pour un total de 11,60 $. Battant complètement le marché.

— Finalement, advenant une forte hausse (35 %), l’action vaudrait 13,50, mais sera plutôt vendue au prix d’exercice (strike) de 12 $. On ajoute premium et dividendes pour un total de 13,10 $. On est alors perdant en comparaison du marché.

Ainsi, cette stratégie offre une bonne résistance à la volatilité; d’autant plus que les premiums sont généralement plus élevés en période de forte volatilité. Cependant, c’est une lame à double tranchant puisque, en cas de marché haussier les options seront exécutées ce qui viendra limiter sa performance. Nous en reparlerons, en donnant un exemple réel à l’appui, lorsque nous parlerons des faiblesses de cette stratégie.


Désavantages :
Frais élevés
En raison de la stratégie plus complexe de ces FNB, les frais de gestions y sont plus élevés que dans les FNB gérés passivement. Cela viendra diminuer très légèrement les profits.

Reprenons notre comparaison précédente entre ZWC et ZDV. Les frais de gestions de ZWC sont de 0,72 % alors que ceux de ZDV ne sont que de 0,39 %. C’est une différence assez importante.

Cependant, j’aimerais la relativiser légèrement. Oui, les frais y sont plus élevés de 0,33 %, mais les dividendes de ZWC, rappelons-le, dépassent celle de ZDV par 2,47 %. Payer, 0,33 % pour en gagner 2,47 %, ça me semble un échange justifié.


Retour total moins élevé
Si les frais de gestion ne me dérangent pas, il y a un désavantage majeur aux «covered call ETF» que je me dois d’exposer : ils offrent généralement un retour total nettement moins élevé que les FNB traditionnels.

La raison pour cela est simple : lorsque les marchés sont haussiers, les options d’achats sont souvent exécutées ce qui oblige ces fonds à vendre des actions en dessous de leur valeur sur le marché — cela vient gruger leurs performances.

Le problème est justement que les marchés sont plus souvent haussiers qu’autre chose. On le voit bien sur ce graphique de l’indice SP TSX Composite.

Un exemple réel :

ZWC est assez récent comme FNB, il ne date que de février 2017, on ne peut donc pas offrir une comparaison sur le très long terme.

Mais durant cette période (du 9 février 2017 jusqu’à 19 novembre 2021), 10 000 $ investi dans ZWC vaudraient maintenant 13 136,44 $ (+31,36 %)

Le même investissement dans ZDV, son équivalant qui n’utilise pas les covered call, atteindrait plutôt 14 275,20 $ (+42,75 %).

Et, un simple FNB indiciel suivant le TSX 60 tel que XIU, vaudrait plutôt 16 338,83 $ (+63,39 %).

Je continue à le dire, la stratégie d’investissement en dividendes tire souvent de la patte comparée à la stratégie indicielle et dans le cas des «covered call ETF» cette différence s’accentue davantage.

Notons toutefois que cette critique ne touche que partiellement sa cible puisque les défenseurs de l’investissement en dividendes répondront qu’ils ne regardent pas le prix de l’action puisqu’ils s’intéressent uniquement aux revenus passifs et qu’ils n’ont pas l’intention de vendre leurs actions. De plus, ils diront que cette plus faible performance est un faible coût à payer pour la tranquillité d’esprit que leur offre ce genre d’investissements.

Le mot de la fin

Voilà une stratégie qui a beaucoup de mérite et peut intéresser les investisseurs en dividendes. L’utilisation des options d’achat permet d’augmenter considérablement les dividendes versés et d’ainsi offrir un revenu passif nettement supérieur.

De plus, ces FNB offrent une bonne protection contre la volatilité.

En contrepartie, leur rendement total est moins élevé que les FNB plus traditionnels lors de marchés haussiers de sorte qu’à long terme, ils peuvent prendre un retard très important.

Au final, j’ai un seul FNB de ce genre, ZWC, lequel représente moins de 5 % de mon portefeuille. Il me garantit ainsi un certain revenu mensuel, même en période d’instabilité, et une petite protection en cas de correction. Je suis donc confortable de le garder, même à long terme, mais sans accroître sa pondération dans mes avoirs.

Ressources :

https://www.fnbhorizons.com/library/An-Introduction-to-Covered-Calls

https://www.bmo.com/assets/pdfs/gam/BMO-GAM-covered_call_informative_pdf.pdf?fbclid=IwAR0KULw3GqaWfTKSwpawigPVUxiW2F7jA9brAJMEOnoYw3FO_2F2XzOAwwg

https://www.theglobeandmail.com/globe-investor/investor-education/dont-be-tempted-by-covered-call-etf-yields/article19782362/

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