Je dois 9 000$ à mon employeur! – Phénix : une bénédiction déguisée.

Cette semaine, j’ai contacté le service de paye de mon employeur afin d’avoir un éclaircissement sur mon talon de paie. Je croyais y voir une incohérence, mais ce n’était finalement qu’une mauvaise interprétation de ma part.

Une fois cette question réglée, j’ai profité de cet appel pour m’informer de l’état de mon trop payé — lequel s’élève finalement à un peu plus de 9 000 $!

Oui, je dois 9 000 $ à mon employeur.
Et, ça ne me dérange pas du tout.

Pourquoi cette dette?
En 2016, le gouvernement a implanté un nouveau service de paye : Phénix. Ce dernier a connu de nombreux ratés à ses débuts de sorte que dès 2018, 80 % des fonctionnaires avaient subi des problèmes de paie.

Et, sans vous faire l’historique complet de mes déboires avec Phénix, j’ai eu de nombreux problèmes avec ce système entre 2017 et 2019. Je peux regrouper mes problèmes en deux grandes catégories : les trop payés (des sommes reçues en trop) et les moins payés (des sommes manquantes).

Heureusement, avec l’aide de mes chefs d’équipes, de mes gestionnaires et de mon syndicat, tous mes moins payés sont corrigés depuis juillet 2020. Et l’un de mes trop payés datant de 2018 est également réglé.

Il me reste cependant 3 trop payés au dossier :
-4500 $ pour des paies d’urgence reçu en mars et avril 2018;
-2800 $ pour des paies versées durant un congé sans solde en mai 2019, et;
-1700 $ pour d’autres paies versées durant un congé sans solde en septembre 2019.

J’ai reçu ces sommes en trop, je dois donc les rembourser : ça va de soi.

Le remboursement se fera en prélevant 10 % de mes paies brutes pendant environ 1 an et 4 mois. Mes ententes de paiements sont prises, mais les retenues sur salaire n’ont pas encore débuté.

Et, si j’ai quelques collègues dans des situations similaires qui désespèrent de voir leurs paies amputées de 10 %, moi ça ne me dérange pas le moins du monde, et ce pour deux raisons principales :

1) Je vis en dessous de mes moyens. Avec mon taux d’épargne élevé, je ne serai pas pris à la gorge par cette perte de revenu. Cependant, c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai abaissé mon taux d’épargne cible de 60 % à 50 %.

2) Je considère ce trop payé comme un prêt-investissement sans intérêt.

Il va sans dire que si je vivais de paie en paie, sans avoir d’épargne, je ne tiendrais absolument pas le même discours.

Un prêt sans intérêt!
J’imagine que la plupart des fonctionnaires avec de tels trop-payés ont simplement déposé l’argent dans leur compte bancaire en attendant de le rembourser.

Pour ma part, je l’ai investie, et ce majoritairement dans un fonds indiciel américain. Cela me permet de le faire croître en attendant de le rembourser et c’est pourquoi je le vois comme un prêt-investissement.

Alors, j’aimerais savoir combien m’a rapporté ce «prêt». Je vais faire une estimation rapide selon cette calculatrice en le comparant au S&P 500.
-4500 $ en avril 2018 vaudraient aujourd’hui environ 7 900 $. (+3400)
-2800 $ en juin 2019 vaudraient 4 500 $ (+1700), et;
-1700 $ en septembre 2019 vaudraient 2 700 $ (+1 000 $).

Ces 9 000 $ reçus en trop en valent maintenant 15 100 $ dans mes actifs et, comme j’attends toujours de commencer les remboursements, ils continuent de croître.

Autrement dit : s’il me prenait l’envie de vendre ces placements pour rembourser ma dette d’un seul coup, je garderais quand même un profit de 6 100 $ dans mes poches. Mais, bien entendu, j’ai refusé cette option et préfère ne faire que le remboursement minimal (10 % de ma paie brute) afin de faire fructifier ce prêt sans intérêt le plus longtemps possible.

Et les moins payés?
Si les trop payés peuvent être vus comme des prêts sans intérêt, les moins payés ont l’effet inverse : il faut les voir comme un report d’investissement et ils vous privent de rendement.

Par exemple, si je reçois 500 $ de temps supplémentaire un an en retard, et que je le laisse investi à 9 % pendant 29 ans plutôt que 30 ans, cela m’aura fait perdre un rendement total de 550 $.

Cependant, dans mon cas j’ai été très chanceux, car ce retard m’a permis de profiter d’un moment favorable dans le marché.

Avant d’aborder cette question, précisons qu’en ayant un bon fonds d’urgence, nous n’avons pas eu besoin d’emprunter pour subvenir à nos besoins malgré les retards de certaines payes. Nous avons ainsi évité de payer des intérêts; ce ne sont pas tous mes collègues qui ont eu cette chance. Précisions toutefois que nous avions un fonds d’urgence de 3 mois que nous avons vidés entièrement. On ne pourra jamais trop insister sur l’importance d’avoir un fonds d’urgence couvrant de 3 à 6 mois de dépenses.

Mais surtout, j’ai finalement reçu les sommes manquantes entre mars et juillet 2020, pendant que les marchés étaient encore bas suite au krach causé par la COVID. Cela m’a permis de profiter d’actions en rabais et de bénéficier d’une bonne croissance pendant la reprise.

Je vous épargne les calculs complexes, mais, si je n’ai pas fait d’erreur, mon coût de report d’investissement est en bas de 10 $ — autrement dit : l’impact de ces retards est négligeable. Un autre coup de chance!

Un regard rétroactif sur Phénix : une bénédiction déguisée

Je n’irai pas jusqu’à affirmer que je suis content de tous les troubles que m’a faits Phénix. Disons que je ne voudrais surtout pas revivre les 3 mois sans salaire, avec un nouveau-né, dans l’incertitude de pouvoir déposer la mise de fonds sur mon condo. Cette période a été très éprouvante. Et ce billet néglige justement les impacts non quantifiables que Phénix ait pu avoir sur moi et ma famille.

Cependant, je peux le dire avec le recul, Phénix a eu des effets très bénéfiques qui, dans notre cas, compensent les désagréments.

D’une part, comme illustré ci-dessus, mathématiquement nous nous en sommes sortis gagnants. En ayant eu plus de trop payé que de moins payer, en évitant de nous endetter grâce à notre fonds d’urgence et en profitant d’un excellent «timing» avec les marchés, nous avons été incroyablement chanceux. N’allez pas croire que tous les fonctionnaires se sont enrichis avec Phénix, certains ont perdu énormément dans cette histoire.

D’autre part, et c’est là le plus grand avantage que j’en tire, ce fut l’événement déclencheur qui nous a amenés à prendre nos finances en main. C’est mon désir de ne plus jamais faire vivre cela à ma famille qui m’a amené à étudier les finances personnelles et à augmenter fortement notre taux d’épargne. J’ai réalisé également à quel point il est payant d’avoir une bonne discipline financière et, surtout, que même avec une bonne sécurité d’emploi, un fonds d’urgence de 3 mois n’est peut-être pas suffisant.

Je peux le dire honnêtement : sans Phénix, je n’aurais pas la même passion pour les finances ni la même discipline.

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