Sartorial et frugal: 2 mondes incompatibles?

Dans son billet de fin d’année, le blogue Le Haut Côté partageait ses dépenses de 2021. Et, une ligne m’a fait sursauter : des dépenses totales de 1240 $ en vêtements pour l’année!

Ceux qui me suivent depuis un moment le savent, j’ai tendance à dépenser beaucoup (trop) en vêtements. En fait, 1200 $ c’est le prix de mon dernier veston!

Cela m’a amené à cette réflexion : est-ce que mon intérêt pour le monde sartotial est incompatible avec mes objectifs de frugalité? Je m’excuse d’ailleurs pour l’anglicisme : à ma connaissance, le mot «sartorial» (qui a trait aux beaux vêtements et à l’art des tailleurs) n’a pas d’équivalent français qui préserve sa connotation.

En fait, bien qu’il puisse y avoir des tensions entre ces deux passions, je ne crois pas qu’elles soient incompatibles et, au contraire, nous pouvons y voir une certaine complémentarité.

Dans un billet précédant, je vous avais déjà parlé des changements que j’avais vus dans ma vie depuis que j’ai commencé à bien m’habiller et pourquoi, malgré que ce soit une dépense importante, je la trouve justifiée.

Aujourd’hui, je vais me concentrer sur l’aspect économique lui-même en me demandant si, vraiment, cette dépense est si importante que cela et si elle peut nuire à ma recherche d’indépendance financière.

Le coût initial
Sans surprise, bien s’habiller coûte cher, très cher!

Bien que l’on trouve des complets de tous les prix (de 200 $ à 10 000 $), la majorité des miens sont dans une fourchette de 400 $ à 600 $. En fait, le moins cher est un complet noir incroyablement cheap à 120 $ que je regrette amèrement, et mon morceau le plus dispendieux est un veston en «Harris Tweed» fait sur mesures pour 1200 $.

La moitié de mes complets et vestons sont des prêts-à-porter qui ne demandaient que des ajustements mineurs, l’autre moitié sont faits sur mesures (dans le sens de «made-to-mesure», je ne suis pas rendu à avoir de véritables vêtements de tailleur).

Considérant que l’on peut trouver un beau jean de qualité à 80 $ et une bonne chemise tout-aller à 45 $ — soit 125 $ pour l’ensemble — il peut paraître exagéré de dépenser 600 $ pour un complet et 125 $ pour une chemise habillée, et ce, sans compter les accessoires (cravate, pochette, ceinture, etc.).

Si on ne regarde que le coût initial, alors je le reconnais, mon goût pour les beaux vêtements est clairement un obstacle à la recherche de la frugalité.

Par contre, je crois que ce serait une erreur de ne considérer que cet aspect.

Versatilité et minimalisme
Il y a un avantage indéniable à la mode classique pour homme : sa versatilité.

Avec très peu de morceaux, on peut créer une quantité phénoménale de styles différents. De sorte que votre garde-robe, tout en étant minimaliste, permet de s’adapter à toutes les situations.

Prenons une garde-robe prévue pour une rotation sur une semaine de travail : 4 complets (du lundi au jeudi — on respecte le «casual friday»), 7 chemises, et 3 pantalons plus décontractés (jeans ou chinos). Comme on peut porter les vestes de complet avec les pantalons décontractés, cela nous donne un minimum de 112 possibilités de tenues de ville (4 hauts de complet * 7 chemises * [1 + 3 pantalons]).

Ajoutons 4 cravates et 4 pochettes (pocket squares) et nous sommes rendus à près de 1 800 arrangements possibles à condition d’avoir choisi des couleurs et des textures passe-partout. Soyons réalistes, certains agencements ne fonctionneront pas, alors abaissons ce chiffre à 1 000 combinaisons. Avec seulement ces quelques morceaux, vous pouvez alors passer 3 années complète sans porter exactement la même tenue.

De plus, cela permet de s’adapter à différentes situations.
Un même complet gris classique peut autant s’adapter à une réunion formelle (avec chemise blanche et cravate) qu’à une soirée au pub entre amis (avec une chemise à larges motifs et un jeans). Pour l’illustrer, la chaîne Youtube Gentleman’s Gazette a fait une vidéo présentant 7 styles différents autour d’un seul complet.

Cet aspect vient contrebalancer le point précédent : oui chaque morceau coûte plus cher, mais on peut se contenter de beaucoup moins de morceaux tout en augmentant les possibilités.

Qualité, durée de vie et intemporalité
Un autre élément important venant contrebalancer le coût initial est non seulement qu’il vous faudra moins de morceaux, mais également que chaque morceau aura une plus grande durée de vie.

Et je vois 2 raisons principales expliquant cette plus grande longévité : la qualité et l’intemporalité.

Un complet de qualité, si vous en prenez soin, peut facilement durer 10 ans, sinon plus, tout en restant très présentable.

De plus, soyons honnête, la mode classique pour homme n’a pas vraiment évoluée depuis 1920; il y a donc que de faibles risques que votre veston se démode ou trahisse son année d’achat! Cependant, il faut prendre soin de rester classique, car il y a quelques exceptions comme le «power suit» des années 80′. La mode d’aujourd’hui tend d’ailleurs à favoriser des revers très minces, je prends donc soin de les faire élargir sur mes vêtements sur mesures afin qu’ils ne se démodent pas.

Voilà donc un autre avantage venant mitiger le coût initial : chaque morceau durera plus longtemps et ne se démodera pas.

Limiter ses besoins

Le Lundi 27 décembre, je suis allé faire du lèche-vitrine dans les boutiques pour hommes dans le but de me trouver une aubaine d’Après-Noël (une belle veste de sport en rabais).

Par contre, comme je tiens à garder une rotation sur 2 semaines, je veux me limiter à seulement 10 ensembles.

Bien que j’ai trouvé de beaux morceaux à des prix imbattables, je n’ai rien trouvé qui justifiait de remplacer un morceau de ma rotation actuelle. Par exemple, j’ai vu un magnifique veston en rabais à 290 $ — par contre, il demandait plusieurs ajustements (facilement 150 $) et je ne me voyais pas débourser un total 440 $ pour remplacer un morceau qui me satisfait encore.

J’ai vu aussi de beaux vestons à 250 $, réduits de 50 %. Une aubaine incroyable! Mais n’étant pas satisfait à 100 % par leur allure et leur ajustement, je ne me voyais pas non plus remplacer l’un de mes morceaux actuels.

Et je pense que cela est un autre avantage, plus subtil, de bien s’habiller : en rehaussant nos standards, on se protège contre la création d’envies soudaines.

Je suis donc ressorti du centre d’achat les mains vides. Tant mieux!

Le coût de revient par port
Un dernier élément que je prends en considération est le coût par port de chaque morceau.

Par exemple, ce matin je me suis débarrassé d’une chemise habillée, acheté pour 80 $ chez La Baie il y a moins de 2 ans, car elle perdait sa forme. Si je l’ai portée toutes les 2 semaines, elle m’est revenue à environ 1,54 $ chaque fois. En comparaison, j’ai des chemises faites sur mesure (de 120 $) qui semblent encore neuves après la même période et dont je suis persuadé qu’elles dureront au moins 5 ans, revenant ainsi à 0,92 $ par port.

Par contre, si vous n’êtes pas à l’aise dans un morceau, peu importe sa qualité, vous ne le porterez pas souvent et son coût par port sera astronomique.

Ce n’est donc pas un argument pour vous inciter à vous habiller en complet tous les jours. Lois de là! Mais plutôt que prendre en considération qu’un morceau de qualité, que vous porterez souvent, peut revenir moins dispendieux qu’un morceau bon marché qui s’use rapidement, se démode, ou qui accumule la poussière dans votre placard.

En conclusion :

Alors est-ce que ma passion envers le monde sartorial est incompatible avec mes objectifs FIRE? Non, mais…

Il est vrai que je me retrouve à dépenser plus en vêtements, du moins pour le coût initial. Cependant, il faut prendre en considération que j’achète moins de morceaux, que je les garde plus longtemps et que cela m’aide à résister à des envies soudaines.

Il faut aussi préciser que je ne m’habille pas que de façon formelle. Le vendredi ou les fins de semaine, je reprends généralement le style «punk» avec des jeans trop usés et des chemises en flanelle achetées en grande surface.

Il faut trouver un équilibre. N’avoir que des vêtements formels -malgré tout ce que j’ai pu écrire ci-dessus – reviendrait trop dispendieux et pas assez versatile.

Parlant de trouver un équilibre, je crois que cela s’applique aussi à la frugalité. Nous ne sommes pas des êtres unidimensionnels et je ne voudrais surtout pas que le mouvement FIRE envahisse toutes les sphères de mon identité. Je me permets donc certains écarts à l’occasion : principalement au niveau de l’habillement et des plaisirs de la table (cuisine, resto, café et bières de microbrasserie).

Étonnamment, j’ai développé ma passion pour les finances et celle pour le monde sartorial à la même étape de ma vie : une fois que j’avais une carrière stable, que j’étais propriétaire et que j’avais des enfants. En fait, je vois un lien entre ses deux passions : elles sont, pour moi, nées d’un même idéal éthique d’amélioration personnelle.

Au final, ce qu’il faut retenir ici est que l’ajout de quelques morceaux de qualité dans votre garde-robe peut, malgré le coût initial, être un choix rentable sur le long terme.

———-

*Édit: Vous êtes quelques-uns à m’avoir répondu que ce billet est une tentative de justification ou une forme de dissonance cognitive. Ce n’est probablement pas faux.

C’est pourquoi j’insiste pour modérer mon propos. Je maintiens mon point central à l’effet que d’acheter quelques morceaux de qualité, indémodables et qui dureront plus longtemps, est entièrement justifié, mais il ne faut pas non plus tomber dans l’excès et n’avoir que cela. Et encore, ce n’est qu’à condition de les porter.

En fait, pour la grande majorité des hommes je crois qu’un seul complet gris, charcoal ou marine (évitez le noir trop formel et peu versatile) serait suffisant pour pouvoir s’adapter aux rares occasions où un habit formel est de rigueur comme un mariage, des funérailles ou, parfois, pour une entrevue.

Par contre, si vous êtes intéressé par le monde sartorial, et que vous pouvez assumer les dépenses associées à cela sans sacrifier vos objectifs, alors non, ce n’est pas incompatible avec la frugalité, mais il faut reconnaitre qu’il y a des tensions entre ces deux mondes.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :